Liberia-Le célèbre footballeur Georges weah futur président du Liberia ?

Geoges Weah

Plus de deux millions d’électeurs votent mardi pour désigner le successeur de la présidente Ellen Johnson Sirleaf, au cours d’un scrutin très ouvert.

Si le sort de l’élection présidentielle au Liberia se jouait dans les stades les jours de meetings électoraux, George Weah, 51 ans, ancienne gloire mondiale du football des années 2000 reconverti dans la politique, gagnerait haut la main face aux 19 autres prétendants. Mardi 10 octobre, pourtant, il devra passer par le vote des électeurs lors du premier tour du scrutin, pour sa troisième tentative depuis sa reconversion.

La plupart des observateurs le voient passer cette étape. Mais rien ne dit que son indéniable popularité parmi les classes les plus défavorisées de Monrovia – soit l’essentielle de la population souvent entassée dans les bidonvilles de la capitale – sera convertie en victoire au soir d’un second tour qui devrait se tenir au plus tard le 7 novembre. « Il a quadrillé le pays »

Vendredi, il fallait cependant les voir, ces milliers de supporters – 20 000 ? 30 000 ? – marchant des heures durant, parfois dès l’aurore, depuis les quatre coins de la capitale sous une pluie intermittente mais diluvienne quand elle crevait les cieux. Chantant, dansant pour leur héros, convergeant vers le stade où l’ancien footballeur leur avait donné rendez-vous. Il leur fallut aussi beaucoup de patience. George Weah, ancien butteur fulgurant, prend maintenant son temps. On l’a imaginé dans l’hélicoptère qui a tournoyé, quatre heures en retard, plusieurs fois au-dessus de la foule avant, enfin, que l’homme se matérialise dans la tribune principale pour prononcer un court discours que personne, de toute façon, ne pouvait entendre dans le brouhaha. En avaient-ils l’intention, l’envie, la conviction ? Mesurer les intentions de vote, au nombre de t-shirts ou de casquettes gratuites à l’effigie du candidat portés par des jeunes – n’ayant parfois pas l’âge de voter – se déhanchant sous les sonos hurlantes est un pari risqué. Surtout dans un pays où les réunions électorales sont aussi l’occasion de briser la routine miséreuse d’une vie à deux dollars par jour en renouvelant sa garde-robe. Lawrence Yealue, directeur pour le Liberia de Accountability Lab, une ONG prônant la bonne gouvernance note toutefois que le « candidat Weah a d’avantage travaillé sa campagne que lors de ses précédentes tentatives ». « On ne sait pas avec quel financement mais il a quadrillé le pays », ajoute-il. Bilan mitigé de Johnson Sirlea.

En 2005, soit deux ans avant sa retraite internationale de footballeur, George Weah avait été battu par Ellen Johnson Sirleaf (60 % contre 40 %). En 2011, il avait subi le même sort alors qu’il postulait pour le poste de vice-président sur le « ticket » électoral de l’opposition. Economiste formée aux Etats-Unis, ancienne de la Banque mondiale et de la Citibank, Ellen Johnson Sirleaf (79 ans) bénéficiait du soutien de la communauté internationale, et de la population qui l’a crue à même de consolider une paix fragile après quatorze années de guerre civile (environ 200 000 morts pour une population de 4 millions d’habitants dont la moitié fut déplacée par les combats ; le viol comme arme de guerre ; les enfants soldats transformés en machine à tuer). Elle semblait apporter les garanties pour gérer les centaines de millions de dollars d’aide internationale qui allaient se déverser sur le pays. Douze ans plus tard, le bilan de la première femme élue présidente en Afrique montre est mitigée, sauf – comment le négliger ? – une paix durable.

Cet échec  couplé au fait que la présidente sortante ne se représente pas au terme de ses deux mandats et que l’honnêteté reconnue du candidat du pouvoir n’atténue guère son manque de charisme – n’est pas étranger au succès de George Weah. Sa réussite grâce à son talent, son discours en direction des plus défavorisés font mouche. Ils sont nombreux à ne plus accepter l’injustice patente de leur état de survie comparé aux 20 000 dollars touchés mensuellement par un député libérien, et que la corruption et le clientélisme permettent de devenir riche du jour au lendemain à condition d’être du sérail.

Réalités socio-économiques.

Un rapport de la Banque africaine de développement dresse un tableau apocalyptique de la situation sociale du Liberia : 64 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, 78 % de la main-d’œuvre travaille sans salaire garanti, 62 % des 15-24 ans n’ont pas achevé les études primaires, 31 % des Libériens souffrent de sous-nutrition, 5,1 % des ménages des zones urbaines avaient accès, en 2010, à l’électricité…

Samson George, 30 ans, deux enfants, chauffeur de moto-taxi depuis douze ans, est l’un d’entre eux. La guerre (1989-2003) lui a volé ses années d’école. « Je n’ai rien fait de ma vie jusqu’à présent. Avec George [Weah], l’école sera gratuite. Je pourrai y aller. Il va créer des emplois et virer le gouvernement. » Comment s’y prendra-t-il ?

Le candidat ne s’est pas arrêté sur les détails. « Il est sénateur depuis 12 ans, saura s’entourer de gens compétents et il aura le soutien de la population », espère Oliver G. Kipogpa, un petit entrepreneur. Comme les autres, George Weah promet le « changement ». Il dit vouloir éradiquer la corruption, développer les infrastructures, l’éducation, relever un système santé moribond achevé par l’épidémie du virus Ebola (2014-2015). En revanche, il est l’un des rares à avoir brisé le tabou de l’immunité des anciens criminels de guerre en ne se montrant pas opposé à la création d’un tribunal libérien pour juger les anciens responsables d’innombrables atrocités. Les réalités socio-économiques rabaisseront probablement ses promesses. D’autant, que s’il passe le premier tour, George Weah devra nouer des alliances avec les perdants qui vendront cher un électorat souvent fidèle au candidat de sa propre communauté ethnique. Le Liberia en compte 16. Dans cette optique, George Weah a d’ailleurs choisi Jewel Howard-Taylor, une ex-femme de Charles Taylor, l’ancien président libérien condamné, en 2012, à 50 ans de prison pour des crimes de guerre et contre l’humanité commis dans la Sierra Leone voisine.

 

 

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