Massacre de Kumba : « Il faut ouvrir une enquête internationale pour crime contre l’humanité », Boris Bertolt

Boris Bertolt

Je me refuse de partager les images des atrocités de Kumba avec le meurtre de jeunes enfants innocents. Des élèves qui n’ont rien fait si ce n’est de chercher à obtenir un droit universel, le droit à l’éducation. Je respecte leur dignité, je m’incline face à la douleur de leurs parents et je présente mes condoléances aux familles éprouvées.

Par Boris Bertolt

Ceci dit, on ne peut plus faire l’économie du langage face aux atrocités en cours dans la zone anglophone. Les meurtres de ce samedi constituent un crime contre l’humanité et nécessitent une enquête internationale pour déterminer les responsabilités.

Je souligne ici la nécessité d’une enquête internationale pour deux raisons. La première raison relève du fait qu’il est évident que les deux camps: les forces gouvernementales et les combattants ambazoniens vont se rejetter les responsabilités. Il faut donc une enquête constituée d’experts indépendants pour établir les responsabilités et engager des poursuites judiciaires nationales et internationales contre les auteurs.

Par ailleurs, L’on ne saurait faire confiance à aucune partie. Car à bien y regarder toutes les parties avaient un intérêt à perpétrer ce type de crime. Pour les combattants ambazoniens, même si le meurtre d’enfants n’obéit pas à leur schéma dans la mesure où ils ont intérêt à ne pas se mettre à dos les populations locales et l’opinion nationale et internationale, ils ne sauraient être complètement exclus d’une enquête parce que ce crime permet de nouveau à la communauté internationale de se pencher sur ce conflit qu’elle semble avoir oublié parce que plus préoccupée par la COVID 19. Même si ce serait risqué, les combattants ambazoniens ont un certain intérêt derrière ces massacres. Cependant c’est à une enquête internationale de les impliquer ou de les exclure.

D’un autre côté, il est très tôt d’accuser les combattants ambazoniens et innocenter l’armée camerounaise qui a une longue histoire de massacres de populations civiles dans la zone anglophone avec des villages brûlés, des femmes et des enfants assassinés parfois en plein sommeil. A l’extrême Nord on a eu le meurtre des bébés. Sans oublier qu’il est établi que des milices pro gouvernementales, financées par des hommes d’affaires locaux et des acteurs politiques sont à l’œuvre en zone anglophone avec la bénédiction des forces de sécurité camerounaises.

On ne peut donc pas de manière rigoureuse en l’état actuel des informations accuser les combattants anglophones et déresponsabiliser l’armée. Parce qu’on ne peut pas faire confiance au gouvernement qui n’a même pas encore rendu 7 mois après son rapport sur le meurtre du journaliste anglophone, Samuel Wazizi, il faut que toutes les forces politiques, la société civile nationale et internationale, la diaspora camerounaise s’activent pour obtenir une enquête indépendante sur les massacres de Kumba.

Pour peu que ça, la procureure de la CPI, Fatou Ben Souda a indiqué suivre de prêt les événements au Nigéria. Il est temps qu’elle puisse clairement s’intéresser au Cameroun.

Mais, une enquête indépendante internationale a un coup. Il faut que la diaspora camerounaise présente dans les instances internationales, dans les milieux d’affaires puisse quitter son confort élitiste et activer ses réseaux et amitiés pour l’obtenir.

Cela n’a pas été un fait de hasard de voir Kamala Harris, Joe Biden, Barack Obama en pleine campagne électorale américaine consacrer quelques mots aux événements de cette semaine au Nigéria. Leurs réactions sont le fruit d’intenses pressions de la diaspora nigériane. C’est dans ce même registre qu’il faut associer les réactions de Beyonce , Puff Dady ou Tiwa Savage. Les élites camerounaises à l’international doivent sortir quelque peu de leur confort bourgeois pour obtenir la fin des massacres en zone anglophone ou au minimum une enquête sur les tueries de Kumba.

Il est du devoir de tout acteur politique responsable de condamner fermement le massacre des élèves mais d’éviter pour l’instant de se prononcer sur les responsabilités vu la complexité de la situation sur le terrain dont ce crime de trop peut profiter à tous les camps.

Le peuple camerounais, les populations anglophones en particulier ont droit à la paix, à la sécurité mais également à la vérité. Nous devons nous mobiliser pour mettre un terme à cette sale guerre.

Que Dieu puisse apaiser le cœur des familles éprouvées et leur procurer le réconfort nécessaire.

Bon samedi à tous.